Barreau & Charbonnet

Barreau & Charbonnet a été créé à Nantes en 2011. Nicolas Barreau et Jules Charbonnet s’associent après avoir travaillé dans des agences d’architectures, de scénographie et de construction (Encore Heureux, Construire).

Designers constructeurs, ils réalisent des installations usuelles, symboliques et contemplatives à l’échelle de l’architecture. En parallèle, ils oeuvrent avec des agences d’architecture pour la réhabilitation ou la construction neuve d’équipements publics culturels sur le volet aménagement intérieur et mobilier.

Ils affectionnent de travailler avec les matériaux locaux, disponibles dans une logique d’expérimentation au service du projet.

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Barreau & Charbonnet

Leur oeuvre à
Cézens

Le chant des bouses

Nicolas Barreau & Jules Charbonnet se sont rencontrés en 2005 à Nantes. Liés par l’architecture, le design, un amour commun pour le bois (et plus largement pour les matériaux vivants) et par des valeurs partagées, ils décident de former un duo d’artistes-constructeurs. Petits-fils d’agriculteur et d’ébéniste, ils ont à cœur de penser et de fabriquer des installations artistiques qui puissent se confronter à l’échelle de l’architecture. Ceci explique une utilisation quasi constante de la charpente pour donner corps à des formes souvent monumentales qui puissent dialoguer avec leurs lieux d’implantation. Un dialogue nourri d’histoire, de matériaux, d’anecdotes, de sensibilité, de curiosité et de respect.

Dans le cadre de la Biennale de Saint-Flour, ils se rendent à Cézens, un village situé à une vingtaine de kilomètres de Saint-Flour dans le Cantal. Là, ils décident de penser une œuvre à partir de ce qui est présent. Ils sont rapidement saisis par le vent, les Aubracs, la bouse, les cloches (celle de l’église comme celles portées par les vaches). Pour éviter un projet hors-sol, l’observation est augmentée d’échanges avec des faiseurs, des porteurs et des transmetteurs de savoirs spécifiques et de savoir-faire. Ils font la rencontre de Thomas Gras et Mathieu Hubert, deux agriculteurs actifs à Cézens qui leur partagent leurs pratiques de l’élevage. A leur retour à l’atelier près de Nantes, ils s’inspirent aussi d’un ouvrage paru en 1989 : Guide de l’Auvergne mystérieuse, rédigé par Annette Lauras-Pourrat. L’autrice y recense différentes pratiques, légendes et histoires. Barreau Charbonnet retiennent le récit des reclus.es qui font le choix de s’isoler de la société pour vivre dans des recluseries. Les petites cellules de vie sont tapissées de bouse bovine pour une meilleure isolation thermique. Les artistes établissent aussi un lien entre les humain.es qui s’isolent et les vaches qui, une fois l’hiver installé, sont mises à l’abri dans les bâtiments agricoles. Ils s’intéressent aussi aux différentes fonctions des cloches des églises. Ces dernières, au-delà de signaler l’heure et les cérémonies, servaient aussi bien de repères pour les bergers et les éleveurs, que pour les personnes égarées. A l’image de la Cloche des perdus de l’église Notre-Dame des Pauvres à Aubrac qui sonne pour guider les pèlerins qui arpentent le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Un clocher qui devient un phare pour ne pas s’égarer physiquement et spirituellement.

Le chant des bouses est un campanile constitué d’un carillon de plusieurs notes pour favoriser une sonorité symphonique. Fabriquée à partir de bois de réemploi, l’œuvre mesure environ huit mètres de haut. Celle-ci est couverte de plaques de bouse travaillées aux doigts pour créer des motifs : les piétinements dans la boue, la robe des Aubracs, le passage des vers de terre ou encore le ruissellement de l’eau sur les sols. La tour est surmontée d’une coiffe formée de cloches bovines (prêtées par les éleveurs de Cezens), ainsi que des éléments sculptés qui reprennent les formes stylisées des cornes et des sphères d’excréments fabriquées par les bousiers. Les cloches en tôle sont fixées à des balanciers qui réagissent aux passages des vents. Installée dans le haut du village, Le Chant des bouses allie l’air, la terre, l’insecte, la vache, le son et l’architecture locale. Plus qu’un repère dans le village et les champs alentour, l’œuvre recèle des histoires, des savoir-faire, des

corps (humains et plus qu’humains), des relations interespèces liées à un écosystème discret et intense. “Nous avons compris que le Cantal et son atmosphère, outre le caractère rural, est un pays de légendes, où les croyances ancestrales perdurent. Elles sont notamment visibles par la présence de vestiges bâtis. Notre ouvrage s’inscrit dans cela, il est monument-totem. Dans une représentation poétique et symbolique, il est un autel dédié aux bovins, au monde animal dans son ensemble, au pastoralisme. Chant des Bouses réunit les récits du passé et les réalités du présent. L’œuvre rend ainsi hommage à l’architecture du Cantal, à l’élevage bovin (la bouse et les sonnailles), à une histoire spirituelle et vernaculaire située.

Julie Crenn

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