Aurélien PORTE

Vit et travaille à Paris

Aurélien PORTE

Son oeuvre à
Saint-Flour

Un texte de Corentin Hamel

Aurélien Porte a récemment réalisé une série de bas-reliefs en pierre stéatite. L’utilisation de la pierre peut frapper par son caractère relativement inhabituel dans le contexte de l’art contemporain. Ce qui est cependant tout à fait singulier, c’est l’utilisation du bas-relief. L’abandon du bas-relief – et la généralisation de la sculpture en ronde-bosse – est habituellement un des signes utilisés pour distinguer le passage du Gothique à la Renaissance. La sculpture s’extrait littéralement de l’architecture, perd son rôle éducatif, narratif ou mystique, et vient figurer des corps propres, dans l’espace. Une sculpture se tient comme une figure, figurative ou abstraite, régie par des lois qui s’appliquent à tous les corps. Avec la proximité et l’altérité essentielles que cela implique. à tous les corps. Avec la proximité
et l’altérité essentielles que cela implique. Les artistes contemporains, pourtant avides de réappropriation et de nouveaux médias, ont très peu utilisé le medium du bas-relief. Les raisons qui président à cet « angle mort » dessinent en creux certains principes de la pratique d’Aurélien Porte. Si les difficultés « logistiques » liées au bas-relief sur pierre sont réelles, l’ampleur de beaucoup d’installations nous montre qu’elles ne sont pas cruciales. Un bas-relief habille une structure supérieure, une architecture. À la manière des livres probables de Borgès, les pièces d’Aurélien Porte semblent participer d’un ensemble directeur. Les fragments de textes ou les éléments de bestiaires représentés portent à la fois la marque de croisements successifs, du fragment et de l’agencement de ces fragments. Si les oeuvres d’Aurélien Porte paraissent parfois être tirées d’une civilisation oubliée, c’est tout autant la masse de savoir impliquée que son oubli qui sont importants.

En ce sens, Aurélien Porte s’inscrit dans une très antique tradition : apprivoiser le réel plutôt que le domestiquer. Toujours en pierre stéatite, il a sculpté ces dernières années un certain nombre de « têtes », mixant traits humains et animaux, qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher d’une tradition amérindienne. Avec parfois une simplification inspirée de Disney, dont on sait l’attention maniaque qu’il porta à tous les folklores.
Si l’on se réfère toujours à l’histoire de l’art, il y a ici une subtile variation sur le thème du fétiche, que l’on est censé utiliser toujours de face. Les têtes d’Aurélien Porte vous regardent sous quelque angle que vous les contourniez. Nul examen n’est possible.

Pour Saint-Flour, Aurélien Porte réalise une sculpture de sa récente série, où un élément végétal – à la structure naturellement torturée et contournée – est peint à l’huile et verni. L’utilisation du bois brut rappelle immédiatement l’Arte Povera, et entre autres les pièces de Giuseppe Penone où celui-ci redime des poutres en en extrayant un arbre originel. Cependant, il s’agit au contraire ici de « civiliser » une forme naturelle, selon des principes cependant autres que ceux de l’alternative industrie/nature. De nombreuses études archéologiques nous montrent aujourd’hui que le Parthénon, symbole d’une pureté blanche classique, était pour grande partie bariolé. C’est à cette souche « sauvage », d’une culture populaire au sens très large, de celle qui inclut les T-shirts « heavy metal » aux couleurs criardes, qu’appartient Aurélien Porte.

Corentin Hamel

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