Anne Houel

Anne Houel vit et travaille à Neuilly-en-Sancerre, dans le Cher. Elle s’intéresse à la mémoire des sites, aux espaces en creux ainsi qu’aux points névralgiques des architectures et travaille aussi bien à l’échelle de la maquette qu’à l’échelle des espaces visités. Elle puise son inspiration dans les territoires où elle est amenée à créer.

Elle prend le temps de visiter, de rencontrer pour comprendre le passé d’un territoire en s’attachant au patrimoine et compose avec les matériaux qu’elle trouve sur place.

Souvent, il lui arrive de concevoir des œuvres contextuelles et à l’échelle d’un lieu. Elle collecte des fragments d’architectures provenant des espaces en friche ou en transition. Ses architectures sont souvent des objets à fréquenter, où le visiteur peut et dois s’emparer pour lui donner sa dimension collective.

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Anne Houel

Son oeuvre à
Clavières

L’architecture ne tient pas au fait de bâtir, mais à la manière dont une société organise, interprète et formalise ses espaces. Sous nos yeux, pour qui s’y attarde, se livre un répertoire de signes qui transcrit les occupations et les histoires successives. Lorsqu’elle est invitée dans un endroit, Anne Houel observe, collecte, relie. Si rigoureuse soit-elle, sa méthodologie n’a rien de conventionnel. Elle cherche tout autant à comprendre les lieux qu’à les éprouver. Dans cette prospection, l’échelle humaine fait office de diapason. Avec attention, l’artiste interroge l’habitabilité des formes, des anfractuosités, des sites – même les plus hostiles. Jauger les proportions, éprouver l’acoustique, écouter les récits, relever les traces, évaluer les absences. Au Fil des jours, elle établit un normographe propre au territoire. Sa quête procède par reprises : repérer ce qui insiste, ce qui revient, ce qui fait motif – même invisible. Un ostinato, qui ne sourd plus qu’en bourdon lorsque la mémoire se défait, lorsque le renouvellement arase, lorsque la patrimonialisation sclérose.

Anne Houel pratique la sculpture comme un point de contact entre l’histoire des lieux et les personnes qui les traversent. Souvent dotées d’une dimension participative, ses œuvres engagent autant les corps que les imaginaires. Qu’il s’agisse d’une serre de gravats qui se renature, de tonnes de sable à déplacer ou de l’empreinte d’un bunker à escalader, ses créations ouvrent des espaces de réinvention et de mémoire partagée, soulignant les cycles d’apparition et de renaissance.

A Clavières, contexte de sa recherche pour la biennale, l’artiste a identifié un motif : le cantou, cette cheminée monumentale, centre de la maison paysanne. D’abord vue dans une ferme qui abrite trois générations, puis croisée sous une route, seule rescapée d’une bâtisse aujourd’hui disparue. Ces âtres, caractéristiques d’une architecture vernaculaire, étaient suffisamment vastes pour qu’on puisse s’y asseoir, profiter de la chaleur et de la lumière, s’y retrouver. Un espace d’intimité et de sociabilité, le cœur du foyer. C’est là qu’opère un glissement métonymique : le foyer ne désigne plus seulement l’âtre, mais la maison, puis celles et ceux qui l’habitent.

Du cantou, Anne Houel extrait des formes essentielles qu’elle transpose en sculptures extérieures, praticables : des abris avec assises fabriqués en pin, une essence de bois locale. Par extension, le foyer désigne également le site où l’on se réunit (rural, populaire, d’hébergement…). Peut-être ces sculptures appelleront elles de tels usages.

Dans les cheminées observées, le feu a marqué la pierre de façon indélébile, comme noircie par les paroles accumulées là. Les Flammes irradient à nouveau dans les productions, le Feu demeure : il apparait dans les demi-cercles orangés de la sérigraphie, dans le cuivre brillant des bas-reliefs en béton à Saint-Flour, tandis qu’à Clavières, ne subsiste plus que l’intimité du cantou éteint. Pour en revenir au foyer, il est certes un lieu de convergence mais aussi celui du rayonnement. Le centre d’où se diffuse d’abord la chaleur, puis tout ce que l’on veut y voir : des formes, des usages, des civilisations… Peut-être est-ce là l’invitation que nous fait Anne Houel : identifier les conditions pour rayonner quelque part sur la terre.

Hélène Dantic 

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