Jeanne Chopy

Jeanne Chopy est artiste, chorégraphe et directrice artistique du lieu d’art contemporain, le Basculeur, situé en Isère, pour lequel elle est commissaire des expositions. Elle vit et travaille entre Lyon et Clermont-Ferrand. Elle a obtenu son DNSEP à l’Ecole Supérieure d’Art de Clermont-Fd en 2020 et a fait un cursus professionnel de danse contemporaine au conservatoire de cette même ville (Diplôme d’Etudes Chorégraphiques en 2018).

Jeanne Chopy produit beaucoup de choses différentes, des films, des histoires, des dessins, des danses, des objets, des habits, des décors, des éditions, des récits archéologiques, des chorégraphies, des peintures, des glaçons, des scénographies, des rideaux, des événements…

Elle joue avec les supports, les formats, les temporalités pour ne pas s’ennuyer.

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Jeanne Chopy

Son oeuvre à
Les Ternes

 Soft Myth & Home Sweat

Entre l’église et le château des Ternes, Soft Myth prend la forme d’un kiosque. Un lieu de rencontre, un abri sans fermeture, pour une pause aux quatre vents. Ses vitraux en plexi ne racontent pas une histoire, ils en donnent des indices. Gargouilles relevées à Saint-Flour, lévrier emprunté aux Ternes, serpent, Saturne – autant de motifs glanés, déplacés et recomposés.

Rien ici ne s’organise en récit stable. Les images ne s’alignent pas : elles font ensemble. Comme si, dans ce territoire, il fallait se joindre à ce qui s’invente déjà. Un chien tire la langue, une fumée s’élève, un serpent s’y agrippe pour percer le ciel et faire tomber la pluie. Soft Myth n’énonce pas un mythe : il joue à en produire un. Un mythe sans origine ni autorité, qui ne s’impose pas mais se laisse traverser.

Quelque chose tremble dans cette architecture mobile. Les formes découpées, reliées par des anneaux, déplacent le dessin : la ligne ne sépare plus, elle relie. Le vide ouvre un passage pour l’imaginaire et le vent. Une ligne qui vacille, comme dans les décors de Jacques Tati, toujours prêts à s’animer.

Mais ce qui s’élève dans les vitraux ne disparaît pas. La fumée corail glisse et change d’état. Elle quitte le kiosque pour réapparaître à Saint-Flour, en contrebas. Là, Home Sweat se donne à voir par la fenêtre d’un petit appendice architectural. À l’intérieur : un espace blanc, carrelé, presque clinique. Un décor domestique immaculé – qui est celui des personnages de Task, une pièce chorégraphique réalisée par Jeanne Chopy. Trois figures y répètent des gestes sans finalité, manipulent des objets absurdes, rejouent une même séquence à peine altérée. Le travail y apparaît comme une mécanique vidée de sa promesse : gestes répétés, tâches sans fin, agitation sans résolution. Le quotidien ne rassure plus, il boucle.

Ici, elles sont absentes — mais tout indique qu’elles sont encore là. Et pas seulement parce qu’il reste une tranche dans le grille-pain.

Quelque chose a déjà commencé. Une matière souple s’est infiltrée. Elle s’immisce dans le mobilier, déborde, s’accroche. À la regarder, on croit presque l’entendre. Un bruit sourd, lancinant, comme celui d’une limace en déplacement. Elle n’attaque pas : elle s’installe. Là où le dur rassure, le mou s’infiltre et altère. Les formes changent d’état et les usages se dérobent. Les repères sont glissants.

Le mou ici n’est pas une qualité, c’est une stratégie.

Entre Soft Myth et Home Sweat, ce qui circule n’est pas une narration mais une matière. Une présence instable, qui passe de la transparence à l’épaisseur, du dehors au dedans, de l’apparition à l’infiltration. Un mythe qui ne fonde rien, ne fixe rien. Un mythe qui se fabrique en chemin, à partir d’indices, de glissements, de transformations.

Quelque chose opère déjà.

Un mythe, peut-être — mais un mythe mou.

Claire Luna, 2026.

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