Marc Brunier – Mestas
Marc Brunier-Mestas vit et travaille à Riom dans le Puy-de-Dôme. C’est un dessinateur et graveur de grand talent. La gravure peut-être aussi associée à la sculpture. La vigueur de sa gouge sur linogravure donne naissance à des histoires narrées à traits puissants et enveloppants, des noirs veloutés ou angoissants, des blancs purs, accrocheurs de lumière et d’espace.
Dans son travail de gravure tout se mélange, s’entre-dévore, et s’expérimente mutuellement. Les postures convenues, les bienséances, les hiérarchies, les avachissements de situation. Marc Brunier-Mestas est aujourd’hui l’un des chefs de file de la gravure alternative mondiale avec de nombreuses expositions personnelles en France et à l’étranger (Chenshia Museum de Wuhan, Chine, Corpus Christi Gallery, Texas, Arts Factory, Paris…).
Il est diffusé entre autres par le Dernier Cri, United Dead Artists et les éditions Derrière la salle de bain.

Son oeuvre à
Saint-Flour
Dance Me to the End of Love
Incroyablement habité d’étrange, de morbide et de beauté, une carafe pleine d’un vin empoisonné à ses côtés, Brunier-Mestas c’est son nom, ne dessine pas, ne peint pas, ni ne grave malgré ce que l’on croit. Il taille à la hache. Il taille à la hache dans ce qu’il nous reste d’images, d’icônes « à l’abri dans la grotte de l’âme ».
Limite frêle du dicible, du visible, ce que l’on voit n’est pas. Appétit sans fin des monstres qui nous rongent, parce qu’ils nous rongent petit à petit jusqu’à l’os dans un flot d’hallucinations. Mascarade, danses macabres et jugement dernier drôlement exposés dans cette cité aux allures médiévales, Saint-Flour.
Mais alors pourquoi ? Qu’est-ce que cela signifie ? C’est à se demander… à commencer par savoir d’où un athéisme si profond vient puiser du sacré. Il faut le comprendre, l’irrévérence n’est pas un plaisir sans but. L’excès souligne les traits d’une irrémédiable inquiétude, dépasser les limites ; c’est aussi se livrer au-delà de soi à quelque chose d’autre.
Cette autre chose, Brunier-Mestas l’aborde patiemment depuis plusieurs dizaines d’années. Difficile d’exprimer ce dont il s’agit sans en réduire la portée, sans en trahir le sens et puis il faudrait être sûr de ne pas se tromper. Cette autre chose, c’est peut-être ce qui est enfoui, réprimé en chacune, chacun de nous, et qui malgré tout nous regarde, nous concerne, nous travaille un peu à chaque instant.
Plaquée contre le mur, cette incongrue palissade à l’apparente inutilité est sans doute le signe le plus manifeste de ce seuil à partir duquel commence une nécessaire exploration, un voyage imaginaire dans notre « inconscient collectif » si tant est qu’il existe sous la forme de nos croyances. Mais on ne peut réduire cette œuvre à l’illustration d’un combat entre le « mal » et le
« bien ». Il faut regarder plus loin.
Plus loin, à peine, il est question de paysage, à commencer par la L’Ander, discrète rivière qui accueillait la ville basse, celle des faubourgs où se trouvaient les artisans. Ce que l’on voit au-delà ne manque pas de charme, un ciel souvent chargé d’une immensité grave, des plaines rocheuses habitées de légendes et où, nous dit-on, vivaient des sorcières.
L’art de Brunier-Mestas n’appartiendrait-il pas à ces rituels magiques ? L’artiste ne s’amuserait-il pas à incarner un paganisme qu’il souhaiterait nous rendre de nouveau familier ? Sans fard il nous en montrerait les traits les plus grossiers, s’amuserait de notre étonnement, de la pudeur de nos réactions. De cette liturgie païenne jouée dans l’intimité de son atelier ne resterait que ce bois brulé et l’exemplaire unique d’une impression.
Sur la pointe des pieds et les bras levés, l’artiste, grotesque, nu, saute à travers les flammes et marche sur les cendres avec une joie non feinte, irradiante d’une noirceur souriante à la rencontre de notre incrédulité. Ici comme ailleurs et toujours surprenant, Brunier-Mestas ne dessine pas, ne peint pas, ni ne grave, il danse tout simplement.
Martial Deflacieux