Olivier Crouzel

Olivier Crouzel est vidéaste et plasticien installé en Gironde. La plupart du temps, il compose avec des dispositifs vidéo associés à des paysages, des bâtiments, des objets et des matériaux.

Ses installations questionnent un monde en mutation où la disparition et les traces sont le sujet de ses observations.

Son travail, inspiré du réel, de rencontres et de collaborations avec les sciences, la littérature et le film documentaire, donne à voir ses interrogations environnementales et sociétales à travers des interventions sauvages et des installations vidéo monumentales.

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Olivier Crouzel

Son oeuvre à
Saint-Urcize,
Rézentières

J’entreprends la rédaction de ce texte alors qu’Olivier Crouzel revient de Saint Flour. Il y est allé faire des repérages en vue de l’installation qu’il présentera lors de la biennale. Il m’a proposé de me raconter ce qu’il comptait y montrer durant l’été mais j’ai préféré qu’il ne me dise rien. Je sais qu’avec lui tout est susceptible d’évoluer jusqu’au dernier jour. Quoi de plus normal avec un artiste, qui plus est lorsqu’il crée à partir de son corps et de ce qu’il ressent au contact des lieux ? Et puis je ne voulais pas faire croire qu’en lisant ces lignes on puisse cerner ses œuvres – la plupart vidéo-projetées et monumentales – alors qu’il importe d’en faire l’expérience. Je vais toutefois essayer de dire ce que m’inspire sa démarche, ce à quoi sa recherche me donne accès et pourquoi elle me touche.

Olivier Crouzel va chercher ses images là où elles se trouvent, dût-il se rendre en Grèce, au Vietnam, dans le Médoc ou le Cantal. Là où sa curiosité le porte, là où parfois on l’invite. Pas de création chez lui sans cet élan et cette rencontre avec un lieu, un paysage, les personnes qui y vivent, dont il tire la matière première de ce qu’il mettra en forme par la suite. Une précision qui s’impose étant donnée l’époque : ses images ne sont pas récupérées sur internet ou générées par un système d’intelligence artificielle. Elles proviennent d’un déplacement réel et physique.

J’ajoute : elles ne sont pas composées à l’aide de calques, ce procédé embarqué dans les logiciels de traitement d’images numériques, lesquels écrasent les nuances et produisent des aplats de pixels. Les siennes, et plus particulièrement les plus récentes, sont réalisées en projetant des vidéos ou des photographies en haute définition sur des photographies d’égale qualité. Cette façon de faire s’apparente à la technique de la peinture à l’huile qui, une couche après l’autre, lui donne son épaisseur, sa vibration, sa profondeur. Et je remarque que de plus en plus il fabrique lui-même ses supports quand il avait pour habitude, à ses débuts, de les projeter sur une falaise ou une façade déjà là.

Mais laissons la technique de côté pour regarder de quelle manière ses œuvres prennent place dans un lieu ou un paysage. On dirait qu’elles s’y incrustent, avec une délicatesse qui évoque la marqueterie. Elles font corps avec l’environnement et créent parfois une ouverture. Ou une fenêtre si l’on préfère, qui donnerait à voir par-delà ce qui se trouvait là et qui s’écarte au profit d’un autre paysage, d’un autre point de vue, un mélange de souvenirs et de visions.

Après tout, ce que l’on voit n’est jamais qu’une représentation de ce qui est, une image produite par notre cerveau et notre imagination. Cette faculté qui nous est commune, Olivier Crouzel sait la mobiliser avec une générosité dont il faut dire un mot. Le plaisir qu’il éprouve en diffusant ses vidéo-projections va avec celui qu’il sait provoquer chez les autres, publics prévenus ou passants surpris de découvrir ses installations lentement transfigurer la nuit. Il y a de la jubilation chez lui à transformer le monde avec un peu de lumière et à partager la magie de cette opération. Enfantin, ce mouvement n’est pas pour autant naïf. Ses sujets en témoignent, souvent graves bien que traités avec douceur, existentiels pour le moins. C’est la mer qui avance et les êtres humains qui s’effacent dans leur solitude, l’horizon qui s’échappe, les montagnes qui s’effritent. Les paysages tanguent et les certitudes vacillent. Qu’importe puisqu’il nous reste la possibilité de regarder le monde avec intensité et de se mêler à lui. D’éprouver – grâce à ses œuvres contemplatives – une forme de présence inédite.

Sébastien Gazeau

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